La diplomatie française continue à cultiver le flou dans la région

Dans une conférence de presse conjointe avec le ministre algérien des affaires étrangères, Ramtane Lamamra, le ministre français des affaires étrangères, Laurent Fabius, a exprimé le « soutien total » de son pays à la médiation que l’Algérie conduit dans la résolution de la crise au Mali en vue de la signature rapide, par l’ensemble des parties au conflit, de l’accord de paix paraphé le 1er mars dernier à Alger. « Nous soutenons totalement la médiation de l’Algérie (dans le dialogue intermalien).

Tout en rappelant que c’est une médiation extrêmement utile qui donne ses fruits », en parlant de la médiation internationale conduite par l’Algérie, le chef de la diplomatie française a affirmé, par la même occasion, que la stabilité dans la région (du Sahel) est tributaire d’une réconciliation entre le gouvernement basé à Bamako et les groupes du nord du Mali, en sous-entendant ainsi que les tergiversations de la coordination des mouvements de l’Azawad (CMA) qui refuse de parapher l’Accord d’Alger devraient être prises en compte. La diplomatie française continue ainsi de cultiver le flou puisque d’un côté elle prétend soutenir la médiation algérienne et d’un autre côté elle se garde bien d’appeler les mouvements rebelles du nord Mali à ratifier l’Accord de paix comme l’a fait récemment l’Union africaine. Pire, la diplomatie algérienne continue de couvrir discrètement le travail de sabotage de la médiation algérienne effectué par le Maroc qui vient de reconnaître ouvertement son opposition à l’Accord d’Alger.

Concernant la Libye, M. Fabius a indiqué que la crise dans ce pays est « très compliquée », compte tenu de la prolifération des groupes terroristes qui menacent ce pays, a-t-il expliqué. Il a, dans ce sens, exprimé le soutien de son pays aux efforts de l’émissaire onusien pour la Libye, Bernardino Leon » en vue d’une « solution politique » pour une sortie de crise dans ce pays. « Il faut arriver à créer rapidement un gouvernement d’union nationale qui sera doté d’une légitimité et permet à ce pays d’avancer », a-t-il soutenu, relevant que « les efforts, qui sont menés de bonne volonté par les uns et les autres, sont toujours utiles, mais doivent converger vers l’émissaire onusien pour faire la synthèse de tout cela ». Dans ce dossier comme dans le dossier de la crise malienne, la diplomatie française continue d’avoir une position ambigüe puisque d’un côté elle appelle à une solution politique sous la conduite de l’émissaire onusien et de l’autre elle continue de soutenir discrètement le gouvernement de Tobrouk et la milice de l’ex-général Khalifa Haftar aux côtés de l’Egypte et des EAU.

Le flou cultivé par la diplomatie française tant au Mali qu’en Libye s’explique sans doute par la volonté de cette ancienne puissance coloniale de sauvegarder ses positions et ses intérêts dans la région. Mais il peut s’expliquer aussi par la volonté de faire chanter l’Algérie dont la tendance à la diversification des partenaires économiques (USA, Chine, Grande-Bretagne, Allemagne, Italie) est très mal vue à Paris.