La véritable raison de l’absence du Maroc à la marche de Paris

L’absence du Maroc à la marche de Paris contre le terrorisme qui a étonné plus d’un commence à livrer ses secrets. Cette absence n’a rien à voir avec la supposée réserve émise par le ministre marocain des affaires étrangères contre la présence de caricatures blasphématoires à l’encontre du prophète comme la propagande marocaine a essayé de le faire passer. Comme nous l’écrivions dans une précédente édition, le fait que le ministre marocain des affaires étrangères se soit rétracté à la dernière minute a directement un lien avec l’amertume ressentie par les dirigeants marocains suite à leur exclusion de la coopération sécuritaire à laquelle le voisin algérien a été convié. Dans son édition du 12 janvier, le site marocain yabiladi confirme ce dont nous nous doutions : « Dans sa nouvelle offensive contre les djihadistes, la France a besoin de la collaboration de tous les pays. Alger, grâce à sa longue expérience dans la lutte contre les groupes terrorisme et ses relais au sein du gouvernement Valls, notamment le ministre de la Défense, est la mieux écoutée des services français de renseignements. En revanche, Rabat, compte tenu de ses mauvaises relations avec Paris, part avec un handicap, même si Nicolas Sarkozy se fait l’avocat du renforcement de la coopération sécuritaire avec le royaume. »

Et le site marocain de relayer l’information donnée par le quotidien arabe basé à Londres, Al Quds al-arabi, qui fait état d’une demande de coopération sécuritaire adressée par le gouvernement français à son homologue algérien « Suite à l’attaque contre Charlie Hebdo, le quotidien Al Quds Al Arabi, citant un responsable algérien, indique que le gouvernement Valls aurait sollicité l’aide de l’Algérie et non pas du Maroc. La même source annonce le prochain débarquement d’agents des services de renseignements du voisin de l’Est en vue de traquer les cellules dormantes dans l’hexagone. Pour le moment, Alger examine la requête française précise le média arabe, soulignant que les deux pays ont convenu de rehausser le niveau de leur coopération sécuritaire. Paris aurait également demandé des informations sur les filières de recrutement de jeunes combattants pour le compte de l’Etat islamique d’Aboubakr Al Baghdadi ou Al Qaida dans la péninsule arabique, très active au Yémen. »

Pour rappel, depuis février 2014, les relations entre Rabat et Paris se sont tendues suite à l’irruption de sept policiers à la résidence de l’ambassadeur du Maroc à Paris pour remettre une convocation au patron de la Direction générale de la sécurité du territoire contre lequel une plainte a été déposée en France pour des faits de torture. Depuis, la coopération judiciaire a été suspendue par le Maroc qui réclame sa refonte de fond en comble, tout comme la coopération antiterroriste qui se serait considérablement ralentie. Mais visiblement le Maroc semble avoir plus perdu que gagné dans ce bras de fer avec la France.

 

Dans un entretien à l’hebdomadaire Jeune Afrique de cette semaine, le ministre marocain des Affaires étrangères, Salaheddine Mezouar, est revenu sur cette crise, estimant que « Le facteur confiance est fondamental« , et « quand cette confiance est ébranlée il y a problème « . Le ministre marocain est allé juisqu’à mettre en cause, sans la nommer, l’Algérie dans les déboires diplomatiques de son pays : « Soyons clairs: notre sentiment est qu’il n’y a pas chez notre partenaire français de volonté politique réelle de faire obstacle aux manipulations antimarocaines émanant de milieux connus pour leur hostilité à notre encontre« , a-t-il relevé. Pour le ministre Mezouar, « c’est cette absence d’engagement et de détermination, cette frilosité, cette sorte de porosité constatée au cœur même du pouvoir vis-à-vis des pressions de certains lobbies qui portent atteinte à la sérénité de notre relation« . Sans commentaire.