L’Algérie s’intéresse au chasseur européen « Eurofighter »

Une délégation militaire de haut rang de l’ANP a été au salon international de l’aéronautique de Farnborough et a notamment visité le stand de l’Eurofighter, avion de combat produit par un consortium européen dirigé par Airbus. Est-ce le signe d’un intérêt sérieux de l’armée de l’air algérienne pour ce chasseur-bombardier européen ?

Pour rappel, des informations jamais confirmées officiellement ont fait état de l’intérêt de l’armée de l’air algérienne pour des chasseurs occidentaux en vue de remplacer les MIG 29S vieillissants acquis dans les années 90 en Ukraine et en Biélorussie. La France qui peine à exporter son chasseur-bombardier Rafale aurait notamment souhaité le placer en Algérie. Mais des raisons stratégiques et politiques auraient fait capoter le projet. Restaient les autres pistes. La piste américaine avec le chasseur F18 Super Hornet a vite été abandonnée en raison de la complexité de la procédure d’exportation d’armements aux Etats-Unis mais aussi en raison du fait que l’avion proposé à l’export est fortement downgadé, ce qui lui aurait fait perdre tout intérêt auprès de l’armée de l’air algérienne.

La piste du GRIPEN suédois qui a été évoquée à un moment, même si elle peut séduire diplomatiquement en Algérie en raison de la neutralité de ce pays, avait peu de chances pour plusieurs raisons: la première est que le rayon d’action de ce chasseur léger monomoteur ne répond pas aux exigences de déploiement pour un aussi grand espace aérien à défendre que celui de l’Algérie. La seconde est que l’avion suédois reste très dépendant de technologies américaines dont l’exportation doit passer par l’approbation du Congrès US.

Parmi les chasseurs occidentaux, il ne reste donc que la piste de l’Eurofighter. Ce chasseur est fabriqué par un consortium européen auquel participent quatre nations: la Grande-Bretagne, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne. L’Algérie entretient des relations de coopération militaire avec ces quatre nations et a déjà acquis des équipements militaires dans ces quatre pays. L’Eurofighter est un chasseur-bombardier qui correspond parfaitement aux missions de défense aérienne remplies jusqu’ici par les MIG 29S mais qui seront mis hors service d’ici 2018-2020 au plus tard. 

De plus, la nouvelle version de la tranche 3 de l’Eurofighter, dont la production en série a déjà commencé, en fait un appareil complètement multirôle avec des capacités Air-sol et Air-surface comparables à celles du Rafale français et du Super Hornet américain sans oublier son nouveau radar AESA. D’autres facteurs d’ordre commercial militent en faveur de l’intérêt algérien pour ce chasseur. Pour des raisons budgétaires, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Italie ont revu à la baisse leurs commandes de la tranche 3 et ont mis par conséquent le consortium européen en difficultés. L’Allemagne et l’Italie ont respectivement diminué  leurs commandes de 37 et 24 unités. En outre, les dirigeants du consortium Eurofighter ont annoncé récemment que sans de nouveaux marchés extérieurs, les chaînes de montage pourraient  fermer vers 2018. L’Algérie pourrait saisir cette opportunité pour négocier un bon deal  aussi bien en termes financiers (prix) qu’en termes de garanties techniques (maintenance, pièces de rechange et missiles)

Le seul hic est que cet appareil n’est pas donné. Le coût unitaire avoisine les 100 millions d’euros. Pour ce prix, l’Algérie pourrait acquérir au moins 2 MIG35 aux capacités théoriquement similaires. Mais le MIG35 russe reste un avion sur papier que même l’armée de l’air russe n’a toujours pas commandé (on parle d’une possible commande russe en 2016) alors que l’Eurofighter est déjà opérationnel dans plusieurs pays européens et a été commandé à l’étranger par l’Arabie Saoudite (72 appareils) et le sultanat d’Oman (12 appareils) sans parler des perspectives d’exportation au Danemark, en Malaisie et au Qatar.

A supposer qu’elle se confirme, ce qui est loin d’être le cas, l’option d’un chasseur occidental moderne -en nombre limité- ne signifiera pas que l’armée de l’air algérienne abandonne les avions russes puisque le chasseur-bombardier SU 30 MKA restera son épine dorsale. L’Eurofighter, qui est un chasseur moyen, ne pourrait éventuellement que compléter utilement les chasseurs lourds russes SU30 MKA dont l’armée de l’air algérienne possède actuellement une quarantaine d’exemplaires mais dont le parc devrait incessamment être renforcé, peut-être par une version proche de celle qui est en cours d’acquisition par l’armée de l’air russe, le SU30 SM avec un radar AESA et sans composants électroniques indiens sous licence israélienne. L’Inde qui entretient un véritable partenariat stratégique avec la Russie n’a pas hésité à choisir le Rafale français (même si le contrat final n’est toujours pas signé) pour compléter son parc de chasseurs lourds SU30 MKI.