Les enjeux militaires et politiques de la bataille d’Alep

La bataille qui se déroule depuis plusieurs jours à Alep, principale ville au nord de la Syrie, se présente comme cruciale aussi bien pour le régime et ses alliés que pour la rébellion syrienne. Les forces syriennes loyales au président Bachar Al-Assad, appuyées au sol par des forces iraniennes et des miliciens chiites étrangers (principalement libanais et irakiens), et dans les airs par l’aviation russe, avaient pris le contrôle total, au fil du mois de juillet, de la dernière route d’approvisionnement des quartiers de l’est d’Alep aux mains des rebelles. Cette route dite du Castello reliait la ville à des zones rurales tenues par les rebelles au nord et à la frontière turque. L’armée syrienne et ses alliés ont dans le même temps complété l’encerclement des quartiers est d’Alep sous contrôle de la rébellion syrienne. Entre 250 000 et 300 000 civils s’y trouvent aujourd’hui pris au piège, selon les Nations unies.

Les forces du régime syrien et ses alliés ont mis en place ce siège depuis octobre 2015, dès le début de l’intervention russe en Syrie. L’aviation russe avait bombardé durant cinq mois les villages contrôlés par les rebelles en bordure nord-ouest de la ville, facilitant des assauts terrestres menés par l’armée et par des forces iraniennes et miliciennes renforcées, qui ont subi d’importantes pertes durant les premiers mois de 2016.  Reprendre la partie insurgée d’Alep représenterait la plus grande victoire de Bachar Al-Assad en cinq ans de guerre comme pour la Russie, engagée en Syrie depuis septembre 2015. Si le régime syrien et ses alliés réussissaient à reprendre le contrôle d’Alep, ils enlèveraient à l’opposition dite modérée soutenue par les Occidentaux et les pays du Golfe sa principale carte sur le terrain en vue des négociations qui pourraient reprendre fin août.

De leur côté, les rebelles syriens ont délaissé momentanément les zones périphériques et rurales du nord et la route du Castello et ont choisi d’attaquer dès la soirée du dimanche 31 juillet le sud-ouest de la ville, en zone urbaine moins exposée aux bombardements russes. Leur objectif militaire est de couper la principale route d’approvisionnement de l’armée syrienne, au sein des quartiers loyalistes, pour y ouvrir leur propre route. S’ils arrivent à briser le siège des quartiers est d’Alep, ils pourraient espérer enfermer à leur tour les quartiers loyalistes, à l’ouest, en leur imposant leur propre siège. Une telle possibilité, qui était encore inimaginable il y a quelques jours, semble se dessiner au vu des résultats des dernières 24 heures sur le terrain. Si l’information suivant laquelle les rebelles ont réussi ce samedi à briser le siège d’Alep se confirmait, cela pourrait donner à la coalition de l’opposition syrienne une carte non négligeable dans les prochaines négociations avec le régime mais cela pourrait aussi donner aux groupes rebelles l’espoir de continuer leur avancée jusqu’à la prise totale de la ville d’Alep.