Risques de radicalisation extrémiste dans le sud

Dans une étude sur les risques sécuritaires dans le sud algérien à la suite de l’opération terroriste qui a visé l’année dernière le site gazier de In Amenas, publiée par le « Combating Terrorism Center » lié à l’académie militaire de West Point, l’analyste américaine Hannah Armstrong a mis en garde contre les risques de radicalisation extrémiste et terroriste des mouvements de contestation sociale dans le sud algérien si l’Etat se limite à une stratégie répressive dans le traitement de la crise qui y sévit. Les analyses de Hannah Armstrong sur les questions sécuritaires dans la région de l’Afrique du nord et du Sahel dans le new York Times sont généralement bien appréciées. Mais comme d’habitude, certains médias nationaux qui font dans le sensationnel n’ont pas hésité à titrer « Les Américains mettent en garde contre les risques de radicalisation dans le sud algérien », ce qui laissait sous-entendre qu’il s’agit d’une position officielle du gouvernement américain.

Même s’il ne s’agit que d’une analyse qui nécessite- comme toute analyse- qu’elle soit complétée par d’autres éléments et d’autres points de vue, la mise en garde de l’analyste américaine est la bienvenue et pourrait faire réfléchir les autorités concernées en Algérie. Certes, on ne peut pas comparer les problèmes sociaux que connaît le sud algérien avec les problèmes des pays voisins du Sahel. Mais il n’en reste pas moins que le sud algérien a connu des retards importants en matière de développement des infrastructures sociales, culturelles et sportives et en matière d’emploi. Les mouvements de protestation sociale que connaît le sud algérien, à l’instar d’autres régions du nord du pays, sont tout à fait légitimes même si les associations et les militants doivent se méfier des tentatives de manipulation de certains groupes politiques et de certaines Ong étrangères qui cherchent à exploiter ces mouvements à des fins politiques douteuses.

Pour rappel, un mouvement comme le « Mouvement des enfants du sud pour la Justice » qui s’est formé au départ sur la base de revendications sociales légitimes a viré par la suite vers des positions extrémistes sous le nouveau nom « Mouvement des enfants du sud pour la Justice islamique » et s’est rapproché de mouvements terroristes comme AQMI et le Mujao, comme l’illustre l’exemple de son ancien dirigeant Mohamed Amine Bencheneb qui a été abattu, l’année dernière, par les forces spéciales algériennes lors de l’opération de in Amenas. Mais ce fait ne doit pas servir à cultiver l’amalgame entre les activités de groupuscules terroristes et les mouvements de protestation sociale légitime des jeunes chômeurs.

L’Etat algérien aurait tort de répondre à ces mouvements par la répression au risque de favoriser les groupes extrémistes qui cherchent à exploiter l’instabilité sociale pour recruter des jeunes désespérés et ce, d’autant plus qu’il est aujourd’hui avéré qu’il y a une connexion évidente entre les réseaux terroristes et les réseaux de contrebande dans le sud algérien. Si on ajoute à cela la menace que constitue la libre circulation des armes de guerre dans la Libye voisine, on ne peut que prendre au sérieux la mise en garde de l’analyse américaine.

Mais attention à ne pas tomber dans le travers inverse. La dénonciation de la répression visant les mouvements sociaux pacifiques et la politique du tout-sécuritaire ne doit pas faire oublier que les services de sécurité doivent être soutenus dans leur mission naturelle de protection des personnes et des biens et notamment des édifices publics qui sont souvent visés par des émeutiers qui ne sont pas toujours aussi innocents. A cet égard, il faut souligner les efforts déployés par la police et la gendarmerie algériennes dans l’utilisation de techniques et d’outils adaptés dans la maîtrise des mouvements de foule avec le moins de risques possibles pour les personnes, ce qui est de nature à éviter les escalades dangereuses pour la sécurité publique et la paix sociale. Par ailleurs, le fait que la direction de la DGSN ait répondu favorablement aux critiques de la société civile qui a dénoncé les manquements et les dépassement de certains policiers lors des évènements de Ghardaïa en suspendant et en poursuivant les policiers mis en cause, constitue une bonne mesure de nature à renforcer la confiance des citoyens dans les services de sécurité.