Me Mechri interpelle Ahmed Chouchane

Dans une tribune publiée par le quotidien arabophone, El Khabar, réputé proche des services, l’ancien avocat du FIS dissous, Me Bachir Mechri, a tenu à répondre au capitaine Ahmed Chouchane, cet ancien capitaine des forces spéciales, exilé en Grande-Bretagne depuis sa sortie de prison au milieu des années 90. Me Mechri revient notamment sur le chiffre des victimes de la mutinerie de la prison de Berrouaghia durant laquelle plusieurs détenus de l’ex-FIS dissous ont trouvé la mort. «Lorsque je t’ai rencontré à la prison de Berrouaghia, toi et tes codétenus Lamine Soualmia et Mohamed-Larbi Makhloufi, qui était condamné pour l’assassinat de gendarmes à Ksar El-Hirane, je t’avais informé qu’il n’y avait pas eu 500 morts, mais 29 lors de cette tentative d’évasion.». Me Mechri explique cette mutinerie comme une tentative émanant de cadres de l’ex-FIS pour saboter le dialogue entre le pouvoir et les dirigeants du FIS emprisonnés à Blida. Me Mechri se garde bien de dire que ce sabotage n’émanait pas seulement de certains dirigeants du FIS (au demeurant manipulés par Abdenour Ali-Yahia et consorts) mais aussi de certains généraux « éradicateurs ».

L’ancien avocat du FIS rappelle également comment il avait obtenu le transfert d’Ahmed Chouchane à la prison d’El-Harrach pour, dit-il, le rapprocher de son cabinet et lui assurer une meilleure sécurité. «Je te rendais visite régulièrement et tu avais purgé ta peine en toute sécurité et loin de tout danger», souligne Me Bachir Mechri qui regrette que le capitaine Ahmed Chouchane «nie le rôle du parton des services des renseignements qui avait contribué à son transfert et veillé à sa protection contre toute tentative d’assassinat». Me Bachir Mechri rappelle également à Ahmed Chouchane qu’à la veille de sa sortie de prison il lui avait conseillé, au cas où il ne le trouverait pas à l’entrée du pénitencier, de «frapper le gardien pour rester en prison et éviter ainsi d’être abattu par le GIA». L’avocat révèle que le capitaine Ahmed Chouchane aurait exhorté le général Toufik d’instruire ses services de ne pas l’inquiéter.

Le site Algérie patriotique connu pour ses accointances avec le lobby militaro-politique dit « éradicateur » s’est saisi de cet article de Me Mechri pour verser dans la désinformation. Pour tous les observateurs qui ont suivi les interventions publiques d’Ahmed Chouchane, ce dernier n’a jamais nié le rôle joué par le général Toufik au lendemain de sa libération quand les généraux Abderahmane et Tartag lui ont demandé d’infiltrer les maquis du GIA pour exécuter Abderrazak Redjem et Mohamed Saïd et de laisser en même temps tranquille « leur homme » Djamel Zitouni. Dans sa réponse à Me Mecheri, Ahmed Chouchane a rappelé que le général Toufik lui aurait avoué son désaccord avec le général Nezzar et ses proches, pour la plupart des anciens de l’armée française. Ahmed Chouchane aurait affirmé au général Toufik sa disponibilité à servir son pays si le général Toufik se décidait sérieusement à se débarrasser de ce clan antinational et antipopulaire qui a profité de cette crise pour prendre le pouvoir. Face à ce qu’il considère l’impuissance du général Toufik, le capitaine Ahmed Chouchane a quitté le pays et a continué son combat en exil. On peut être d’accord ou en désaccord avec lui (notamment quand il minimise la responsabilité de certains dirigeants du FIS dans la crise et leur collusion avec les agents de l’Internationale socialo-sioniste en Algérie ou quand il s’est embarqué parfois aux côtés des activistes de Rachad) mais il faut lui reconnaître le courage de ses positions pour lesquelles il a payé le prix fort.

Les observateurs s’interrogent sur le timing de la sortie médiatique de Me Mechri qui semble en service commandé (sans doute par des proches du général Toufik). Pourquoi s’attaquer en ce moment précis au capitaine Chouchane ? Pour Rappel, Ahmed Chouchane a soutenu publiquement les changements effectués récemment dans plusieurs institutions militaires et sécuritaires et s’est, de fait, désolidarisé des activistes de Rachad et de tous ceux qui continuent à appeler à la subversion en Algérie au risque d’entraîner le pays dans une nouvelle spirale de violences. Contrairement à certains, Ahmed Chouchane ne voit pas dans ces changements la main de Saïd Bouteflika mais bien la volonté de l’état-major de l’ANP de reconquérir les services et les prérogatives qui sont les siens en vertu de la loi et des règlements militaires. Pour rappel, cette position lucide et courageuse (même si elle est un peu naïve dans la mesure où le changement véritable tant souhaité ne saurait résulter d’une simple restructuration apolitique qui risque de passer à côté de l’essentiel) a valu au capitaine Ahmed Chouchane l’incompréhension et les attaques perfides de certains énergumènes sur la toile qui minimisent les changements intervenus récemment au sein du DRS du moment que ces changements ne s’inscrivent pas dans leur agenda. Un agenda débile qui se croise parfaitement avec celui de leurs présumés adversaires au sein du pouvoir puisque ces derniers et leurs médias ne peuvent plus désormais compter que sur la désinformation et la politique de la « terre brûlée » pour sauver ce qui leur reste à sauver.