Prolongation de l’état d’urgence en France

L’Assemblée nationale française a voté jeudi par 87 voix contre 5, une quatrième prolongation de l’état d’urgence, pour six mois après l’attaque de Nice, assortie d’un volet de nouvelles mesures antiterroristes. Davantage présents dans l’hémicycle, les élus de droite ont été au total plus nombreux (41 LR plus 2 UDI) que ceux de gauche (39 PS, 3 PRG) à approuver le projet de loi, dixième texte antiterroriste depuis le début de la législature en 2012.  Le record de durée totale effectivement votée par l’Assemblée nationale est battu avec cette nouvelle prolongation, qui porte à 14 mois l’application prévisible de l’état d’urgence, en vigueur depuis les attentats du 13 novembre 2015. Au début de la guerre d’Algérie en 1955, il avait été déclaré par la loi pour un an au total, mais levé au bout de huit mois.

Vantant « un régime réactif et efficace », que l’exécutif n’envisageait de prolonger au départ que pour trois mois, le secrétaire d’Etat aux Relations avec le Parlement Jean-Marie Le Guen a souligné que le texte a évolué via les apports des députés et sénateurs. Le rapporteur, Pascal Popelin (PS), qui a insisté sur les « moyens de plus » contre le terrorisme apportés par le texte, a cependant noté qu' »aucune loi ne peut abolir la folie pour garantir un risque zéro ».  M. Le Guen a aussi martelé qu’il n’y avait « pas de place pour la division, pas de place pour la dispersion », peu avant que le groupe LR ne réclame « toute la vérité » sur la polémique sur le dispositif de sécurité en place à Nice le 14 juillet.

Malgré l’opposition anecdotique du Front de gauche dont le représentant, M.Chassaigne, a appelé à « sortir de l’état d’urgence et mettre fin à ce régime d’exception », le projet de loi sur la prolongation de l’état d’urgence a été voté en 48 heures. Et dire que politiques et médias français, à l’instar de leurs collègues européens, font tout un foin après que le gouvernement turc eut décrété l’état d’urgence à la suite de la tentative manquée de coup d’Etat. Les organisations de défense des droits de l’Homme et les associations de soutien aux réfugiés en France ne cachent pas leurs inquiétudes. Même si elles reconnaissent la nécessité de mesures pour défendre la sécurité des citoyens, elles mettent en garde contre la multiplication des mesures liberticides et la montée d’un climat islamophobe sur lequel surfent l’extrême-droite et une partie de la droite traditionnelle emmenée par l’ancien président Nicolas Sarkozy.