Quelle politique économique pour penser l’après pétrole ? Par Said Bouslimani

L’effondrement du mur de Berlin a rendu orphelines nos élites post-indépendance ; beaucoup souvent par facilites intellectuelle, ne proposent qu’un simple ralliement à la pensée économique dominante, c’est-à-dire à l’ordre mondial économique : le capitalisme, le marché, la concurrence et les marchés financiers comme solution à tous nos problèmes ; dans cette optique, nous serions condamnés à n’être que des sous- traitants (économique, police, armée) de l’ordre mondial. 

Nous refusons cette fatalité, car nous avons des atouts afin de faire de l’économie Algérienne, une économie solide, diversifiée, pour cela nous devons dépasser les clivages idéologiques classiques : marches contre étatisme, concurrence contre barrières douanières, subventions contre vérité des prix. 

L’économie pourrait pour simplifier se résumer à ce choix Cornélien : Consommer ou investir ? 

-Soit on consomme, et deux manières nous permettent de consommer.

La première, en s’endettant (comme le font les USA, mais ce n’est pas tenable a long terme) ; la seconde, grâce à notre rente (ce n’est pas soutenable non plus à long terme, car nous ne disposons pas de réserves infinies de pétrole et de gaz, et ne sommes pas à l’abri d’un choc du prix des matières premières qui nous fragiliserait comme ce fut déjà notre cas).

– Soit on investit, comme la Chine le fait depuis quelques années. En effet, les Chinois épargnent beaucoup et les salaires sont bas, ce qui permet un coût du travail et capital faible. Les entreprises chinoises sont donc incitées à investir puis exporter. Certes la Chine, depuis son 12e plan quinquennal, semble amorcer un virage qui favoriserait la consommation ; mais elle dispose d’un appareil productif et il est juste que les travailleurs recueillent un peu plus les fruits de la croissance. 

En Algérie, nous devrions utiliser la rente, certes pour réduire les inégalités sociales, notamment envers les populations les plus démunies, mais pour favoriser aussi le travail en investissant pour l’avenir.

Nous nous pencherons plus loin sur des solutions concrètes pour rendre notre économie plus compétitive, mais avant tout, il faut responsabiliser les gens. 

Le salut de notre économie ne passera pas, comme certains le laissent penser, par une simple insertion, supposée intelligente, au processus de mondialisation-libéralisation économique ; le développement passera par la libération des forces vives de la nation ; ce qui signifie qu’il faut d’abord compter sur l’Algérien, sur sa capacité à innover, à créer, à gagner des parts de marchés dans des secteurs à haute valeur ajoutée. De facto, nous devons mettre en place une stratégie de développement économique pertinente et ambitieuse à même de nous rendre moins sensibles à des chocs asymétriques entre autres. 

Privée de la profondeur du marché intérieur et de la pro-activité des Chinois et Indien, n’étant encore qu’à un stade très embryonnaire, pour ne pas dire inexistant d’un développement inséré dans la mondialisation, au sens où notre capacité d’innovation, notre capacité à exporter sont quasi nulles, (même notre activité de montage s’avère tout autant inexistante), notre économie se retrouvera très vite fragilisée en cas de retournement conjoncturel, comme on le constate depuis la crise économique qui secoue le monde depuis 2008. 

Il est donc impératif de réfléchir à une stratégie de développement économique à même de limiter les chocs externes, et de favoriser un développement centré sur l’humain, sur une répartition à la fois juste et efficace des richesses, sur le travail et son corollaire la méritocratie ; un développement respectueux de l’environnement, qui fera de nous une nation pro active, innovante, ce, en tenant compte de nos atouts, de nos avantages comparatifs et de nos expériences passées.

Il y a quatre fondements à cette stratégie au niveau global :

– L’État via des investissements à long terme dans des entreprises publiques ou semi-publiques dans des secteurs stratégiques (Énergie, santé, éducation, recherche et développement, agriculture, télécoms, banques) ; à noter qu’on ne dérogerait pas à la règle des 51-49 pour ces secteurs et, ces entreprises publiques ou semi publiques devraient rendre des comptes (comme la Banque centrale) devant le parlement chaque année

– La fiscalité des entreprises privées : les entreprises qui respecteraient l’environnement, investiraient dans la recherche et développement, dans l’éducation, qui redistribueraient équitablement les richesses au sein de leurs salariés jouiraient d’une fiscalité dégressive sur les bénéfices ; à contrario, les entreprises non responsables socialement se verraient plus lourdement taxées. On peut imaginer un impôt sur les bénéfices des entreprises de 25% maximum avec des baisses si l’entreprise respecte ces principes (un minium de 5% si l’entreprise joue le jeu) .L’autre bénéfice escompté de cette politique est de faire basculer le secteur informel vers le secteur formel. On peut même envisager une amnistie fiscale qui accompagnerait cette baisse de la fiscalité

– Une stabilité de la fiscalité sur le long terme, un allégement des procédures administratives, un système comptable moderne, une transparence des comptes répondant aux mêmes standards internationaux que ceux des pays Anglo-saxon (US GAAP ou IFRS).

– Une refonte urgente de notre système sociale basé sur des subventions des produits de premières nécessites ou autres. En aucun cas il s’agit de laisser des pans entiers de la population se paupériser ou assister à la descente aux enfers de notre production  agricole. Bien au contraire pour faire du sociale il faut de la justice et des ressources et donc on ne doit pas premièrement dilapider nos ressources et deuxièmement, le sociale c’est d’abord pour ceux qui en ont besoin. Le système le plus juste et efficace est celui de l’arrêt des subventions du moins d’abord pour l’essens puis le sucre par exemple, et en contrepartie le versement de prestations sociales pour les algériens à faible revenu. La vérité des prix c’est a dire la fixation du prix par l’offre et la demande pourrait pénaliser notre production mondiale face à la concurrence mondiale, l’Etat pourrait par exemple, payer le différentiel de prix entre le prix du producteur Algérien de blé et le prix importé.

Nous avons dans cette première partie, développer une approche top down qui permettra à l’Algérie d’avoir une ligne directrice par à la fois une fiscalité attrayante, de l’investissement public et prive, ainsi qu’un climat des affaires favorable à l’investissement national ou étranger

Nous devons maintenant définir une stratégie adéquate, un business model pour l’Algérie, au même titre qu’une entreprise, l’Etat Algérien doit se doter de son propre business model basé sur ses avantages comparatifs tout en ciblant les secteurs d’avenirs.

Ce business model ne peut être dissocié de la création, de la valorisation d’un « made in Algeria ». Nous devons nous devons nous positionner vers non seulement  des produits de qualité donc à haute valeur ajoutée mais aussi des produits respectueux de l’environnement. De facto, tout en exploitant nos avantages comparatifs (géographie, démographie, Main d’œuvre qualifié portée vers les sciences, matières premières), nous pourrions nous positionner dans des marchés porteurs, donc plus à plus forte valeur ajoute.

Nous allons maintenant définir une approche sectorielle afin de proposer des solutions concrètes 

Un secteur bancaire performant

Banque rurale pour l’agriculture (Modèle Chinois), micro finance, crowfunding et banque islamique ainsi que nos banques « classiques ». Poursuivre la modernisation tant attendue de notre système bancaire, tout en facilitant le développement d’une finance islamique pour valoriser la libre entreprise, la prise de risque, pour plus de justice sociale, pour des financements d’actifs tangibles, c’est à dire le financement identifié d’un projet réel. On ne spécule pas sur un actif qu’on ne possède pas, on investit dans un projet bien spécifique et spécifié, on agit pour la sphère réelle. Les marchés de capitaux doivent être développés avec l’idée que l’investissement doit être privilégié, mais l’investissement productif. En effet, La financiarisation de l’économie a des effets pervers comme le diktat des actionnaires créant des déséquilibres : l’investissement n’est plus promu et la redistribution des richesses au sein de l’entreprise ne s’effectue que verticalement, c’est à dire au sein du top management. La crainte de mouvements spéculatifs sur le cours de bourse débouche sur des choix de court terme ; le top management préférera, en effet, une acquisition et les licenciements à l’investissement, et penchera pour une délocalisation au détriment d’une augmentation de la productivité, de la qualité et de l’innovation.

Nouvelles technologies 

Il faut se positionner dans les secteurs des nouvelles technologies (logiciels, haut débit, conseils, montage et conception de composants informatiques, télécoms) ; ce sont des secteurs d’avenir, à haute valeur ajoutée. De plus, nous avons une population jeune, or c’est le secteur de la jeunesse par excellence. A cet effet, il convient d’investir massivement dans la fibre optique, de financer et réaliser un pôle de bureaux pour stimuler l’éclosion d’entreprises du secteur, avec location à loyer subventionné. Nous devrions inciter au capital risque via une fiscalité attractive. L’outil fiscal favorisera, par l’exonération aussi des bénéfices durant 5 ans, toute création d’entreprise dans ce secteur. Il faut encourager notre jeunesse à s’accaparer ces secteurs.

Agriculture

Il faut reconnaître les progrès, que certains, certes, qualifieront de minimes, néanmoins ils ont le mérite d’exister et il faut donc redoubler d’efforts en incitant notre jeunesse à investir dans ce secteur. Ayant loupé le train de l’agriculture productiviste, ne cherchons pas à le rattraper, car dans beaucoup de pays, on remet en cause quelques uns de ses fondements.

Il serait astucieux de promouvoir le respect de l’environnement, la qualité et le bio, ceci nous permettrait même d’exporter en Europe. Nous devons aussi non seulement nous réapproprier notre biodiversité mais investir ce secteur de la recherche agricole.

 Énergies renouvelables et Environnement

L’Algérie semble sur la bonne voie ; on pourrait, cependant dynamiser cette stratégie en optant pour les transports en commun et la voiture électrique et ou hybride. Il serait intéressant d’aller dans ce sens avec Renault. On pourrait proposer à la France ou d’autres pays- il faut admettre que la France dispose d’un réel savoir faire dans ce domaine – un partenariat stratégique dans les transports ferroviaires c’est à dire TGV, tramway, en échange de l’achat de rames. Les autorités françaises seraient conviées à produire une partie de ces rames en Algérie, afin même de les réexporter vers d’autres pays, en Afrique par exemple. On pourrait lancer sur l’idée d’une transsaharienne un TGV Alger – Lagos, cela permettrait le développement de ses régions et donc à la fois fixerait les flux migratoires et freinerait recrutement de nouveaux terroristes. Un TGV Alger- Lagos passant par le Mali co financer par la communauté internationale, nous permettrait de reprendre pied dans la région avec un projet concret, ambitieux et créateur de richesse pour le continent Africain. Au meme titre qu’un projet transsaharien, on se doit de développer un projet Ouest – Est, c’est-à-dire allant du Maroc à l’Egypte.

Il est bon aussi de calmer les ardeurs des puissances européennes, (car le risque est de se retrouver dans une situation à la Libyenne, c’est à dire de promesses de contrats jamais tenues qui suscitent colère et rancœur) en signant des contrats gagnant-gagnant, et en prenant en compte les domaines dans lesquelles ces pays excellent. On pourrait proposer à l’Allemagne un partenariat stratégique dans le domaine des énergies renouvelables, mais aussi de l’environnement, l’Algérie souffrant d’un énorme retard aussi dans ce domaine. L’environnement, cela passe d’abord par une campagne citoyenne. C’est au peuple algérien de respecter son environnement, d’apprendre à le respecter, et cela commence toujours par des gestes simples. Néanmoins, nous devons organiser une conférence internationale sur le développement durable et l’environnement. Chaque participant devra y exposer des solutions pratiques, concrètes et peu onéreuses pour notre pays.

 Tourisme

Il faudrait que l’Algérie cible non un tourisme de masse, mais plutôt un tourisme éco- citoyen, qui préserverait nos paysages, qui respecterait nos us et coutumes et serait plus rémunérateur sur le long terme. Au préalable de toute discussion, l’Algérie a besoin d’être plus propre. Un tourisme éco citoyen privilégie les ressorts hôtels, les locations chez l’habitant, les gites ruraux, la découverte du pays et permet un transfert direct vers les citoyens prenant une part active au développement de ce secteur sans les inconvénients du tourisme de masse

Industries lourdes et  pétrochimiques

On doit avoir de l’ambition, consolider notre expérience et se lancer dans des projets rentables et ambitieux. Nous avons non seulement une demande intérieur mais la possibilité ‘inonder nos voisins qui plus est nous avons les matières premières. Il est inadmissible de ne pas reprendre la main sur ces secteurs et d’élaborer des états généraux de se secteur ainsi qu’une feuille de route pour les 20 prochaines années 

Complexe militaire industriel

Les derniers développements nous confirment l’urgence d’une industrie militaire nationale ; un partenariat avec les BRICS serait utile, on pourrait encourager les vocations de certains de nos anciens officiers dans le développement de cette industrie. Nous devons chose très importante compte tenue du volume de biens importes chaque année, penser au développement de la maintenance comme une industrie en tant que telle (industrie non limitée au secteur militaire).Dans chaque contrat d’armement, il faut négocier une partie de la production en locale de pièces détachées.

Bureaucratie

Beaucoup d’investisseurs se plaignent de notre bureaucratie. Il y a une chose simple et rapide à faire : se rapprocher des guichets de l’ambassade américaine, et regarder quelles sont les modalités aux USA (pays modèle pour la libre entreprise), pour créer une entreprise ; bien sûr on devra examiner différents secteurs, car dans certains cas, diverses autorisations sont exigées. En constatant, ce qui se fait et ce que nous faisons, on pourrait très vite repérer les points à améliorer très vite, sous trois mois maximum.

La santé

On ne peut continuer à jouer avec la santé des citoyens, nous devons réformer l’hôpital pour en faire ce lieu où le citoyen est très bien soigné. Pour cela, il faut redonner de l’autonomie aux hôpitaux, permettre aux entreprises de financer aussi ce secteur, revaloriser le salaire des personnels. Le modèle nordique pourrait nous aider dans nos décisions de réorganisation

L’éducation

Outre le fait que les entreprises pourraient contribuer au financement des universités, devenues autonomes et répondant de leurs actes de gestion devant le Parlement, les entreprises pourraient entre autres cofinancer des diplômes professionnels de troisième cycle afin d’aider les jeunes à s’insérer plus facilement dans la vie professionnelle. Mais nous devons créer rapidement une université d’élite, située en dehors d‘Alger, regroupant 8 à 9 disciplines fondamentales, et accueillant les meilleurs bacheliers. Les élèves seraient formés par les meilleurs professeurs algériens et étrangers ; cette université doit dispenser des cours jusqu’au doctorat, afin de former une élite algérienne à même de prendre la relève.

L’urgence de la situation nous oblige à faire vite. Ma modeste contribution n’est ni exhaustive, ni la solution miracle, elle a pour but à la fois de susciter un vrai débat loin des luttes de personnes, ainsi que d’opérer une rupture avec le fatalisme ambiant.

*Saïd Bouslimani est titulaire d’un DESS Banque et Finance de l’Université Paris I Sorbonne