La mafia de l’import-import sabote le secteur de la construction navale

La mafia de l’import-import constitue le principal facteur de sabotage de l’économie productive en Algérie et ce, dans tous les secteurs. Un cas parmi d’autres qui illustre cette triste réalité. Il s’agit d’une PME qui active dans le secteur des constructions navales. Rachid Bousdira, un entrepreneur algérien s’est confié à notre confrère TSA. Le récit est révoltant. Créée en 2010, TP Marine, l’un des rares constructeurs de bateaux en Algérie, peine toujours à se développer en raison de la bureaucratie et du manque de foncier industriel. « Le chantier naval de TP Marine Algérie est constitué de deux sites situés à l’ouest d’Alger. Actuellement, nous les louons à dix millions de dinars par an. Un budget qu’on pourrait utiliser dans la construction d’une unité de production », regrette Rachid Bousdira, PDG de TP Marine.

 En mars 2012, son entreprise avait formulé une demande auprès de la wilaya de Tipaza pour l’obtention d’un terrain pour la réalisation d’une unité de  construction de bateaux. « Pour ce genre d’activité, l’unité de production doit être impérativement située à proximité de la mer pour effectuer les essais nécessaires »,  explique-t-il. Près de deux années, TP Marine n’a reçu aucune réponse de la wilaya de Tipaza. « Nous n’avons reçu aucune réponse. C’est un mépris total vis-à-vis des investisseurs. En revanche, le Calpiref (Comité d’assistance à la localisation et à la promotion des investissements et de la régulation du foncier, ndlr) nous a proposé un terrain à Djelfa pour construire des bateaux ! », ironise M. Bousdira.

Un manque de confiance?

Pour tenter de remédier au problème du foncier, TP Marine Algérie a proposé, en octobre, un partenariat public privé (PPP) à l’Entreprise nationale de construction et de réparation navale, l’Ecorep. « Sachant que l’entreprise avait choisi le constructeur français Piriou pour le chantier naval du port de Bouharoun, nous avons postulé pour le site du port de Khemisti », raconte Rachid Bousdira. Mais l’Ecorep fait la sourde oreille. « Il semblerait que l’Ecorep serait plus favorable à un partenaire étranger », dit-il. « C’est frustrant de voir qu’on fait appel à des étrangers pour réaliser des choses que des Algériens sont parfaitement capables de faire », déplore M. Bousdira. Au fond, il s’agit d’un problème de confiance par rapport aux produits fabriqués en Algérie, selon lui. Pourtant, son entreprise a fait ses preuves. En quatre ans, elle est devenue l’un des principaux fournisseurs du ministère de la Défense nationale pour les bateaux semi-rigides. Et elle compte bientôt exporter des bateaux vers la Mauritanie et des boudins, dès avril, vers l’Europe pour la fabrication d’embarcations pneumatiques.

Des droits de douane défavorable aux producteurs

Outre le problème du foncier et le manque de confiance des autorités, TP Marine Algérie évolue dans un environnement juridique défavorable aux producteurs locaux, selon Rachid Bousdira. Il cite le problème posé par le crédit documentaire, unique moyen pour payer les importations de matières premières. La loi de finances 2014 avait rétabli la remise documentaire pour les importations des produits finis tout en maintenant le crédit documentaire (Crédoc) comme unique moyen de paiement des matières premières destinées aux usines (lire notre papier). Et le taux de droits de douanes en vigueur pose également problème. « Quand on importe un bateau, on paie 12% des droits de douanes alors qu’on paie 30% pour l’importation des intrants nécessaires à la fabrication des bateaux », explique-t-il. L’éventuelle levée des barrières douanières entre l’Algérie et la Tunisie n’arrangerait pas beaucoup les affaires de cet investisseur. « En Tunisie, les droits de douane pour l’importation des matières premières sont de 2%. En Algérie, ils sont de 30%. Les bateaux fabriqués chez notre voisin qui seront éventuellement exportés vers l’Algérie coûteront moins cher que ceux produits chez nous », explique M. Bousdira avant de conclure : « Ici, on encourage les producteurs à fermer et se tourner vers l’import-import ». TSA