Visite du prince Mohamed Ben Salmane en Algérie

La visite du Prince héritier saoudien, l’Emir Mohamed Ben Salmane Ben Abdelaziz Al-Saoud, vice-président du Conseil des ministres et ministre de la Défense, les 2 et 3 décembre, en Algérie n’a pas manqué de susciter des vagues dans les médias et sur les réseaux sociaux. Mis en cause dans l’affaire de l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi à Istanbul, le prince Mohamed Ben Salmane fait face à une hostilité ouverte dans les médias occidentaux, turcs et qataris. En Algérie, une poignée de pseudo-intellectuels (toujours les mêmes) n’ont pas hésité à signer un appel contre cette visite sans se soucier des intérêts de l’Algérie dans cette conjoncture particulière marquée notamment par le recul des cours pétroliers.

Les attaques dont fait l’objet le prince héritier saoudien dans les capitales occidentales risquent de favoriser une nouvelle configuration géopolitique et diplomatique. Les observateurs qui ont assisté au sommet du G20 en Argentine indiquent que les attaques répétées contre le prince saoudien semblent avoir joué un rôle dans le rapprochement visible entre Riad et Moscou. Des sources arabes parlent même de prémisses de rapprochement discret entre Riad et Damas. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre la visite du prince Mohamed Ben Salmane en Algérie. La diplomatie c’est aussi la capacité à tirer profit d’une conjoncture internationale et régionale.

La visite du prince héritier saoudien en Algérie ne devrait pas avoir d’incidence sur la ligne diplomatique algérienne qui demeure méfiante à l’égard de la « politique des axes » et reste attachée au principe de la non ingérence dans les affaires intérieures des Etats. Ce n’est parce qu’elle se rapproche de l’Arabie saoudite que l’Algérie va se brouiller avec l’Iran, la Turquie ou le Qatar. La diplomatie algérienne privilégie le règlement pacifique des différends entre les Etats, surtout ceux qui sont censés partager des intérêts communs. Mais la diplomatie algérienne continue avant tout de servir de levier à la promotion des intérêts stratégiques et économiques de l’Algérie. Si la visite du prince Mohamed Ben Salmane pouvait influer positivement sur le cours du baril de pétrole, ce serait déjà cela de gagné. Dommage que Abderrazak Mokri n’ait pas compris cela et se soit laissé entraîner sur le terrain des porte-parole des minorités culturelles et idéologiques qui ne ratent aucune occasion pour éloigner l’Algérie de son environnement arabe.