L’alliance contre-nature des débris de l’ex-FIS et de l’ex-DRS dissous

Protesters are pushed back by riot police during a demonstration in downtown Algiers January 22, 2011. A small group of Algerian opposition supporters trying to hold a banned protest clashed with police in the capital and several people were injured, protest organisers and official media said on Saturday. REUTERS/Farouk Batiche (ALGERIA - Tags: POLITICS CIVIL UNREST)

La crise ouverte par la perspective du cinquième mandat n’a pas fini de livrer tous ses secrets. La dernière réunion de plusieurs dirigeants « démocrates » opposants au cinquième mandat dans les locaux parisiens de la chaîne Al Magharibia créée par un des fils de l’ancien dirigeant du FIS dissous Abassi Madani, actuellement en exil au Qatar, n’est pas un fait isolé. Pour les observateurs, ce rapprochement entre deux tendances farouchement opposées dans un passé récent est ancien même s’il a pris des formes différentes suivant les périodes. On se souvient que durant la décennie noire, une véritable alliance s’est nouée entre les réseaux de l’ex-FIS et le FFS. Cette alliance a permis l’intrusion dans la crise algérienne d’éléments gravitant au sein et autour de l’Internationale socialiste et des organisations non gouvernementales proches comme la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) et Reporters sans frontières (RSF) qui ont été le fer de lance de la propagande anti-algérienne durant cette période. Mais depuis quelques années, on assiste à une recomposition au sein des coulisses de la scène politique algérienne.

Derrière les alignements officiels, une véritable alliance contre-nature s’est mise en place mêlant les débris de l’ex-FIS dissous et les réseaux internationaux qui les soutiennent et les débris de l’ex-DRS dissous, composés essentiellement de plusieurs centaines d’officiers radiés ou mis à la retraite de manière prématurée. Une partie de ces officiers écartés dans le sillage de la crise de 2013 ont rejoint le camp des officiers dits « éradicateurs » qui ont été mis à la retraite plus tôt, dans le cadre du second mandat du président Bouteflika ( 2004-2009). Les observateurs insistent sur le fait qu’il faut se garder de toute généralisation hâtive. De nombreux officiers radiés, qui ressentent des craintes légitimes pour le pays refusent, jusqu’à présent de se laisser entraîner dans des actions qu’ils jugent suspectes. Les observateurs qui connaissent de l’intérieur ces milieux visent tout particulièrement un groupe d’anciens officiers aigris, dont certains ont détourné des fonds et se sont installés en France, et qui constituent aujourd’hui un des principaux noyaux des réseaux clandestins qui tirent les ficelles du mouvement de protestation populaire contre le cinquième mandat. Dans leur stratégie, ces réseaux peuvent compter également sur la mobilisation d’une partie des ex-miliciens, les fameux « patriotes », qui ont participé à la guerre antiterroriste durant la décennie noire sans parler bien-sûr du soutien actif des hommes d’affaires déçus par le régime.

Faisant feu de tout bois, ces ex-officiers, pourtant proches de la mouvance berbériste, ne reculent devant rien pour atteindre leurs objectifs, pas même devant l’alliance avec les réseaux appartenant à la mouvance de l’ex-FIS dissous en sachant que ces réseaux continuent de bénéficier d’un soutien extérieur non négligeable notamment dans les pays du Golfe et dans certaines capitales européennes. Bien entendu, dans cette partie de poker menteur, chacun cherche à manipuler l’autre. La porosité aussi bien au sein de la mouvance berbériste qu’au sein de la mouvance islamiste est un facteur aggravant dans la mesure où elle permet à ces réseaux de mobiliser des militants gravitant autour de partis qui ne partagent pas nécessairement la même ligne politique (Des éléments du MAK peuvent côtoyer des militants du RCD ou du FFS sur le terrain et des « frères musulmans » peuvent militer aux côtés d’éléments appartenant à la mouvance radicale de l’ex-FIS dissous). Pour les observateurs, cette convergence d’intérêts et de positions apparemment éloignés, pourrait expliquer le succès relatif des dernières mobilisations contre le cinquième mandat. Bien entendu, ce phénomène en soi dangereux ne devrait pas conduire à ignorer un autre facteur tout aussi important :la détresse réelle d’une partie de la jeunesse algérienne qui s’inquiète sincèrement pour son avenir, une détresse que les décideurs algériens devraient prendre en compte sérieusement dans les semaines à venir.

Mohamed Merabet