Les manifestations populaires noyautées par des élements de l’ex-DRS ?

©MOHAMED MESSARA/EPA/MAXPPP - epa07392581 Algerian protesters chant slogans during a protest against the fifth term of Abdelaziz Bouteflika in Algiers, Algeria, 24 February 2019. Abdelaziz Bouteflika, serving as the president since 1999, has announced on 19 February he will be running for a fifth term in presidential elections scheduled for 18 April 2019. EPA-EFE/MOHAMED MESSARA

Comme nous l’avions rapporté à plusieurs reprises et comme nous l’ont confirmé ces derniers jours nos sources à Alger et dans plusieurs autres wilayas, le mouvement populaire contre le cinquième mandat semble de plus en plus noyauté par des éléments de l’ex-DRS dissous qui continuent d’avoir une grande influence dans les appareils sécuritaires, l’administration mais aussi dans les médias et la société civile. C’est ce que vient de révéler Maghreb Intelligence, un site réputé proche de la communauté du renseignement français qui a indiqué que la fuite de l’enregistrement de la conversation entre Abdelmalek Sellal et Ali Haddad a été organisée par un homme d’affaires qui serait en même temps un agent de l’ex-DRS, actuellement en fuite à Londres, dans le but de faire tomber ces deux commis au service du clan présidentiel. Le site indique par ailleurs que les divisions et scissions que connaissent actuellement les organisations politiques de la coalition présidentielle (FLN, RND) sont en fait provoquées par les cellules dormantes de l’ex-DRS et constituent le premier acte d’une stratégie concoctée dans les laboratoires de l’appareil sécuritaire dissous en 2015.

« Derrière ces divisions brutales et surprenantes, un seul nom apparaît : celui du général Toufik ! En effet, les réseaux de l’ex-puissant patron du DRS, l’homme qui a régné sur les services secrets pendant pas moins de 30 longues années, ont été réactivés depuis fin février pour porter un coup de grâce aux membres du clan présidentiel  » indique le site français. Le second acte de cette stratégie fut le coup porté au FCE, le puissant bras droit financier du clan présidentiel :« Le deuxième acte de la stratégie du clan du général Toufik fut, par la suite, d’utiliser la colère populaire pour semer la zizanie au sein de plusieurs organisations et institutions. Ainsi, au sein du FCE, le patronat algérien présidé par Ali Haddad, une dissidence a été rapidement organisée et plusieurs hommes d’affaires, tous des anciens entrepreneurs proches des décideurs militaires des années 90, ont annoncé leur soutien aux manifestations contre le 5e mandat. »  La stratégie d’infiltration et de noyautage ne s’est pas arrêtée là puisqu’elle a atteint aussi les organisations syndicales, y compris l’UGTA dont la direction a de tout temps été un instrument entre les mains de l’ex-DRS mais qui s’est mise au service du clan présidentiel sitôt cet appareil dissous. Ce n’est pas un hasard si la dissidence au sein de l’UGTA a commencé par le site industriel de Rouïba, infiltré depuis longtemps par des éléments liés à l’ex-DRS. Les syndicats autonomes ne sont pas épargnés par ce processus.

L’appareil de l’ex-DRS a enfin actionné ses éléments dormants au sein des organisations sociales réputées pour leur charge symbolique : Organisation nationale des Moudjahidines, l’association des enfants de chouhadas et enfin l’association des anciens du MALG. L’entrée en scène des avocats contre le cinquième mandat est attribuée par le site au lobbying exercé par des avocats réputées proches de l’ancien général Toufik. Peut-être que le tableau brossé par le site français est un peu exagéré. Le noyautage certain du mouvement populaire aussi bien par les éléments de l’ex-DRS que par les services de sécurité en activité, sans oublier les formations politiques de tous bords, n’est pas surprenant en soi. Mais cela ne diminue en rien le caractère populaire et légitime de ce mouvement. Au-delà du cinquième mandat, ce mouvement conteste tout un système corrompu qui fragilise et met en danger l’Etat algérien lui-même dans la mesure où ce dernier est désormais pris en otage par une mafia politico-financière qui n’hésite pas à s’allier avec la France pour sauver son pouvoir et ses privilèges.

Mohamed Merabet