Analyse: Un mouvement plus diversifié et plus profond qu’annoncé

On savait déjà que le mouvement populaire contre le cinquième mandat du président Bouteflika est loin de se limiter à cette revendication. La plupart des manifestants surtout en dehors de la capitale et de la Kabylie n’hésitent pas à rappeler qu’ils n’ont rien contre la personne d’Abdelaziz Bouteflika mais qu’ils sont contre le fait qu’il soit pris en otage par un clan mafieux qui se sert de son image pour continuer à piller les richesses du pays. Mais les informations qui nous sont parvenues de l’intérieur du pays, dans plusieurs wilayas de l’est, de l’ouest et du sud du pays, montrent à l’évidence que le mouvement populaire contre le cinquième mandat est plus diversifié et plus profond qu’il n’y paraît à première vue.

Contrairement à la propagande des médias algériens et français qui se focalisent sur le refus du cinquième mandat, le rejet du système FLN et la revendication de la démocratie dans l’abstrait, les jeunes Algériens qui sont descendus dans la rue ce vendredi ont mis en avant des revendications qui montrent qu’ils sont conscients des véritables enjeux politiques de la lutte pour le changement en Algérie. Les slogans et les banderoles des manifestants ne laissent aucune place au doute comme le montrent les photos envoyées par nos correspondants dans plusieurs wilayas.

Les manifestants affirment clairement que Bouteflika est un petit problème en comparaison avec le gros problème représenté par ceux qui se cachent derrière lui. Les expressions d’ « Etat profond » et d' »Etat parallèle » apparaissent  publiquement pour la première fois dans plusieurs wilayas. L’ingérence française et l’action perfide des minorités idéologiques qui squattent l' »Etat profond » et cherchent à imposer leur hégémonie au peuple algérien, sont dénoncées dans plusieurs wilayas. Ces slogans qui dénotent d’une nouvelle prise de conscience chez un nombre croissant de jeunes montrent également que les islamistes et les berbéristes ne sont plus seuls à monopoliser le terrain de la contestation politique. Dans plusieurs villes, les militants du « Front populaire pour la fin de la tutelle française en Algérie » et de l’Association Abdelhamid Mehri étaient d’ailleurs présents dans les manifestations aux côtés d’autres patriotes. Curieusement, les médias algériens, y compris les médias arabophones, pratiquent une censure honteuse en refusant de publier ce genre de photos que nous nous faisons un plaisir de partager avec nos lecteurs.

Mohamed Merabet