Sahara occidental : l’ancien diplomate Christopher Ross redoute une nouvelle impasse

18.03.2026. Dans une contribution publiée par l’International Centre for Dialogue Initiatives, l’ancien ambassadeur américain et ancien envoyé spécial du secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental, Christopher Ross, se penche sur les pourparlers de Madrid entre le royaume du Maroc et le Front Polisario sous la supervision américaine et en présence de représentants de l’Onu et des deux pays observateurs (Algérie, Mauritanie).

La résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations Unies a induit un changement radical dans les efforts déployés pour résoudre le conflit vieux de 50 ans concernant l’avenir du Sahara occidental. S’appuyant sur l’expression de « reconnaissance à l’égard des États-Unis pour leur volonté d’accueillir des négociations dans le cadre de la mission de l’Envoyé personnel », les États-Unis ont de fait pris l’initiative de faciliter et de mener ces négociations, reléguant l’Envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies au rôle de « co-parrain ». Il reste à voir si ce changement et l’accélération des réunions qui en a résulté mèneront à une percée, à un progrès, ou à un retour à l’impasse.

Dans un précédent numéro de Diplomacy Now, j’ai analysé l’abandon par le Conseil de sécurité de la position relativement neutre qu’il avait adoptée depuis au moins 2003 et son adoption d’une nouvelle approche « prenant pour base la proposition d’autonomie du Maroc… [et… reconnaissant] qu’une véritable autonomie pourrait représenter l’issue la plus réaliste ». Autre innovation renforçant la centralité de la proposition marocaine, la résolution ne mentionnait pas la proposition de référendum du Front Polisario. De plus, conformément à la position de Rabat, elle ne faisait aucune distinction entre les deux parties au conflit et les deux États voisins/observateurs. Elle maintenait cependant l’exigence d’une « solution politique finale et mutuellement acceptable qui garantisse l’autodétermination du peuple du Sahara occidental » et ajoutait qu’elle « encourageait les parties à soumettre des propositions en vue d’une solution finale mutuellement acceptable ».

Se fondant sur cette résolution et sur la volonté affichée du président américain Donald J. Trump de mettre fin aux conflits, les États-Unis, à l’origine de la résolution et désormais moteur de la relance du processus de négociation après une interruption de près de sept ans, ont convoqué trois réunions non annoncées des parties en janvier et février. La première réunion s’est tenue au Département d’État à Washington à la mi-janvier ; la deuxième les 8 et 9 février à l’ambassade des États-Unis à Madrid ; et le troisième les 23 et 24 février, à nouveau à Washington.

Si les trois réunions tenues à ce jour ne constituent pas une percée, elles représentent néanmoins un pas en avant. Après des années d’absence, le Polisario et l’Algérie ont accepté de rejoindre le Maroc et la Mauritanie à la table des négociations, et les États-Unis ont imposé aux parties un rythme de discussions inédit. De nombreuses questions épineuses restent à régler. À l’avenir, ce processus de négociation relancé aboutira-t-il à une solution politique mutuellement acceptable, garantissant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental ?

Sous la pression des États-Unis – qui ont clairement exprimé leur soutien à la résolution 2797 et leur rejet de toute alternative à la proposition marocaine – le Polisario est contraint de renoncer à son appel à un référendum pour déterminer l’avenir du Sahara occidental et de négocier un régime d’autonomie au sein de la souveraineté marocaine. Après cinquante ans de lutte pour l’indépendance, cette perspective est difficile à accepter.

Une telle proposition serait plus facilement acceptée si une véritable autonomie était offerte, conférant aux Sahariens occidentaux un contrôle maximal sur les affaires du territoire, notamment l’exploitation de ses ressources naturelles (phosphates et autres minéraux), la pêche, les sources d’énergie et le tourisme.

À ce jour, la proposition marocaine élargie, du moins dans le résumé publié par Atalayar, subordonne de nombreuses activités d’un Sahara occidental « autonome » à des organes de supervision basés à Rabat. Elle prévoit même la suspension de l’autonomie dans certaines circonstances. De toute évidence, un travail considérable reste à accomplir pour transformer cette proposition en un document crédible. Il est fort probable que le gouvernement marocain, très centralisé malgré ses efforts de régionalisation, ne parvienne pas à aller jusqu’au bout, d’autant plus que la pleine autonomie revendiquée par les Sahariens occidentaux pourrait susciter des revendications similaires dans le Rif et d’autres régions du Maroc. Face à l’insistance des États-Unis et à la menace infondée d’une action du Congrès visant à déclarer le Polisario organisation terroriste, la stratégie du Polisario pourrait consister à s’engager à contrecœur sur la proposition marocaine, partant du principe que « rien n’est acquis tant que tout n’est pas acquis ». Le moment venu, et avec le soutien de l’Algérie, il pourrait rappeler à toutes les parties concernées que c’est « le peuple du Sahara occidental », et non l’ensemble de la population du Maroc et du Sahara occidental (comme le suppose la proposition marocaine), qui doit valider tout accord par référendum.

La contradiction entre un accord sur l’autonomie négocié à huis clos et le libre exercice du droit à l’autodétermination d’un peuple est peut-être insurmontable. En fin de compte, le succès de tout accord repose sur la tâche ardue de trouver une forme ou un calendrier d’autodétermination qui satisfasse le Polisario et l’Algérie et que le Maroc accepte. Cela exigera de l’imagination, car ni les incitations ni les pressions ne contraindront l’Algérie à accepter des conditions de règlement auxquelles le Polisario s’oppose. Les raisons de cette situation sont nombreuses et dépassent le cadre de cet article. Il n’en demeure pas moins que, faute d’accord entre le Maroc et le Polisario sur le contenu de l’autonomie et sur la question de l’autodétermination, l’impasse se poursuivra.

Christopher Ross a passé plus de vingt ans comme ambassadeur et diplomate américain en Afrique du Nord, en poste successivement à Tripoli, Fès et Alger pour le compte du Département d’État des États-Unis. Il a été ambassadeur des États-Unis en Algérie et en Syrie et envoyé personnel du Secrétaire général des Nations Unies pour le Sahara occidental de 2009 à 2017.

Lire l’article dans son intégralité en langue française sur le site de l’Institut Frantz Fanon :

http://institutfrantzfanon.org/sahara-occidental-le-diplomate-americain-christopher-ross-sinterroge-sur-les-pourparlers-de-madrid/

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